FACTEUR HUMAIN 2008: Les multiples réalités de l’écrivain espagnole Ana Maria Matute
By Sevilla Babel on Sunday, February 17 2008, 14:16 - Société: L'Université - Permalink
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Plongée dans une pluie d’applaudissement, monte sur scène une vielle dame, belle, soignée et petite. C’est Ana Maria Matute, écrivain espagnole renommée, auteur de livres pour enfants et membre de la Real Academia de la Lengua Española (L'Académie Royale Espagnole). Elle est venue répondre a une question : Qui va nous imaginer? Attendrissante et proche, une fois assise elle nous prévient d’un doux sourire : « Je ne suis pas dure d’oreille, je suis sourde et en plus tête-en-l’air... j’ai encore oublié mon audiophone... »Cette écrivain n’est, ni ne veut jouer l’érudite, elle est, d’après ses propres mots, écrivain. Elle nous explique qu’elle a commencé a écrire parce que le monde ne la comprenait pas « j’ai pensé, si le monde ne veut pas de moi, et bien je veux en inventer un ; je fais partie du deuxième groupe d’écrivains, ceux qui le sont malgré eux ». Avec une voix posée et un ton doux, elle nous parle des réalités multiples qui nous entourent et de comment, avec le temps, on perd la capacité de nous déplacer de l’une à l’autre, de comment on perd la magie. C’est pour cela qu’elle a souvent écrit pour les enfants « ce n’est pas parce que je les aime bien, car je ne les aime pas, mais parce qu’ils m’intéressent, leur monde m’intéresse, car c’est un monde rond ; quand on écrit pour les enfants, il ne faut pas se préoccuper s’ils comprennent ou pas car ils te comprennent toujours, pas comme les adultes ». Malgré cela, elle dit être fatiguée d’écrire pour les enfants, elle dit chercher d’autres choses, elle cherche l’adulte qui « n’est plus que ce qui reste de l’enfant, pour le meilleur ou pour le pire ».
Elle nous lit un de ses contes d’enfants bêtes El niño que era amigo del diablo et elle nous raconte quelques détails de son enfance de papier. Aujourd’hui, à l’ âge de 82 ans, elle continue à avoir deux vies, l’une réelle et l’autre de mots, « l’une n’exclut pas l’autre, affirme-t-elle en rigolant, avoir une vie de papier n’empêche pas de passer à l’autre vie, qui a des choses aussi merveilleuses que faire l’amour sur la rivière des pierres ». Elle se confie car c’est une personne sans rien à craindre, « je vis parfois dans les mots, mais quand je sors, je redeviens la petite voyou que je suis ». Une petite « voyou » qui déteste se lever tôt, qui fait la sieste et qui adore boire un verre le soir entourée d’amis, une femme qui comprend mieux un farfadet qu’un directeur de banque.
Après elle nous a fait comprendre qu’elle n’allait pas répondre aux questions complexes sur le future « je n’en sais rien, fiston, je ne sais rien de ce qu’il peut arriver...les gens croient que rien que pour être écrivain, on doit en savoir sur tout ». Elle nous laisse une leçon « j’aime la vie, je l’aime beaucoup car on en a qu’une...ou au moins, c’est ce que l’on dit ».
Sara Domínguez Martín
Traduit par Verónica de la Rosa
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